KURZES

La toujours jeune et sympathique Valérie Pecresse a présenté son programme ambitieux pour les élections régionales en Île de France. Elle a eu l’idée brillante de proposer aux automobilistes de personnaliser les plaques minéralogiques de leurs véhicules et d’en utiliser la recette pour payer le code ou le permis de conduire des lycéens. La petite Valérie Anne Emilie qui est loin d’être la moitié d’une imbécile (le récit de son grand oral au concours de l’Ecole Nationale d’Administration, d’où elle est sortie presque major, vaut le détour pour ceux d’entre vous qui manquent de méthodologie à l’approche d’un examen) montre bien le peu de réponse concrète que nos élites sont à même de trouver face aux épreuves qui nous attendent prochainement. Le coup des plaques minéralogiques qui est déjà vieux de plus d’un demi siècle aux Etats-Unis ! C’est tellement novateur d’aller piocher une idée outre Atlantique ! C’est la norme depuis un siècle non ?

C’est bien simple, vous allez pouvoir transformer vos caisses à savon en langage SMS… on imagine le pire ! On ne devrait jamais partir en vacances et confier le discours de rentrée au stagiaire de sciences-po même s’il vous a été chaudement recommandé par un proche. Pour  peu  que les moitiés d’intelligences qui ont élu domicile à l’Hôtel de la Région Alsace aient vent de cette idée brillante, on va se la retrouver en copier-coller sur le programme électoral des tauliers locaux.

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Richert enfant obstiné

J’aimais ces fêtes de villages marquant la fin du temps scolaire. L’instituteur mettait en scène un petit spectacle, que les élèves jouaient devant les parents lors de la traditionnelle kermesse précédant les départs en vacances d’été. C’était généralement une saynète autour d’une chanson populaire flanquée de l’inévitable charge de morale, du temps où la mission éducatrice, gratuite, laïque et obligatoire de ce pays ambitionnait de faire progresser nos petites têtes républicaines et néanmoins chrétiennes vers un idéal de beau, de vrai et de bien.

Pour m’être prêté à cet exercice lors de mon temps en cours préparatoire, je garde un souvenir très intense de l’une de ces petites chansons que nous avions présenté à la parentée . C’était « sur le pont du nord » . Cette terrible petite ritournelle où une jeune fille désobéissante allait danser et périssait. L’effet moralisateur en était redoutablement efficace. Aussi en ais je gardé, après toutes ces répétitions passées à chanter le « sort des enfants obstinés » qu’il ne fallait pas être de ces enfants-là si on ne voulait pas connaître le même destin tragique. Merci la République. Je parierais fort que l’actuel Président du Conseil Régional d’Alsace n’a jamais eu, quoiqu’appartenant à la même génération, la chance de vivre de telle petite expérience si formatrice. Sinon, après toutes ces années passées à aller danser avec des cavaliers parisiens plus douteux et exécrables les uns que les autres, il ne s’obstinerait pas à aller plastronner comme si de rien n’était en vue des deux danses du grand bal de décembre, où il a bien l’intention de briller. Les deux danses du six et du treize décembre seront le bal de trop pour ces grands enfants qui s’obstinent à nier la réalité d’une Alsace qu’ils ont laissé filer à la dérive. Car il y a de fortes chances que ce soit le grand bal des débutantes bleu marine. Ce n’est ni agréable ni réjouissant. C’est tout simplement pathétique et insupportable. Autant j’aime le bleu dans mes dessins, autant j’abhorre cette tonalité bleu marine virant vers le brun dans le paysage politique de nos provinces. Mes préférences iront au rouge et au blanc. Qui se dit, pour ceux qui auraient un train culturel de retard  » rot un’ wiss » en alsacien qui est, faut-il le rappeller à ceux qui n’ont carrément jamais pris le train, la langue originelle de cette entité historique et géographique qu’est l’Alsace.

J’irai donc danser en « rot un’ wiss« . Au moins une fois. La première danse. Car je connais la chanson.

Philippe Richert pourra bien  ressortir ses beaux souliers de ministre et son beau chapeau agrandi entre temps pour cause d’enflure du melon, il n’échappera pas à la malédiction d’Adèle où l’on voit, à la deuxième danse, le pont s’écrouler.

Je ne suis pas spécialiste en parémiologie, j’aime juste collecter les divers proverbes ça et là, issus de la mémoire des différentes sagesses populaires.

On va pouvoir en créer un pour l’occasion : « quand tu passes la nuit à danser avec le diable et qu’au réveil tu as plus mal au cul qu’aux pieds, c’est tout simplement qu’il t’a baisé.  » C’est bien connu, le diable qui n’a aucune orientation sexuelle est exclusivement sodomite.

Au matin du quatorze décembre, jour de la fête de la sainte patronne de l’Alsace, il sera bien trop tard pour se plaindre d’avoir mal au derrière. Les cloches d’Alsace sonneront pour la famille atterrée que Philippe/Adèle est politiquement mort et enterré, et toute la clique des larbins découvrira, bien tard, « le sort des enfants obstinés« .

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Vacances, tout simplement !

bonjour à toutes et tous !
Ce blog se met en veilleuse pendant les vacances…

mais j’ai plein de textes et de dessins de prêts pour la rentrée…qui va être fracassante…

en attendant, vous pourrez venir me voir sur quelques manifestations, ce n’est pas la chaleur qui va nous empêcher de nous voir non ? Toutes les dates au fur et à mesure sur la page « agenda ».

profitez du soleil et à très vite !

Vacances

 

 

Peau de banane

Un petit dessin sans grand discours pour ne pas oublier que nous sommes en campagne électorale et qu’il y a pléthore d’élus locaux tristement compromis dans toute l’inévitable catastrophe annoncée de fin d’année.

Est-il besoin de commenter l’article complaisant du jour dans le tract néo libéral local, où on nous justifie les futures dépenses de l’extension de l’hémicycle de la place Zeller par la tenue obligatoire de la séance d’ouverture du  conseil régional de la  grande région, pour en même temps nous expliquer que la structure du  conseil régional de Lorraine a la capacité nécessaire d’ores et déjà pour accueillir les cent soixante-neuf élus…. Aussi pourquoi dépenser l’argent public sachant que le siège ne sera pas en Alsace ?

Allez, venez donc passer un bon moment en compagnie d’ artistes locaux ce dimanche à Sélestat près de l’église sainte  Foy… On y parlera  de singeries et de bananes.

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TRAHISON (of a bitch !)

C’est juillet et la fragrance ennivrante des andains s’en va paisiblement  agrémenter la fraîcheur bienfaisante de nos soirées. Je m’exprime au nom de ceux d’entre nous qui connaissent le bonheur de la vie à la campagne où les nuits d’été ont encore cette douceur depuis longtemps disparue des villes d’Alsace, de Lorraine et de Champagne – Ardenne. Le coucou s’est tu, le chat ne miaule plus, même la souris ne chicote plus. Que fait le lycéen des classes terminales ? Il se réjouit. Après douze longues années à user ses culottes, quelquefois de marque, sur les bancs des meilleures institutions privées et publiques du pays; il est sur le point de voir ses efforts récompensés par l’obtention du fameux diplôme sanctionnant toute cette énergie dépensée à figurer parmi l’élite de la nation. Un été d’insouciance va passer qui le verra lui et ses coreligionnaires rempiler pour quelques années. En espérant que l’ascenseur social si cher à la république et si régulièrement hors service ces derniers temps ne soit pas définitivement hors d’usage. Car c’est un fait ; les temps changent comme le chantait le petit Robert Zimmermann bien avant de se convertir au christianisme.

L’époque est révolue où l’on pouvait, jeune bachelier, embrasser le métier d’enseignant; celui-là même dont Louis Capet quatorzième du nom disait qu’après celui de roi c’était le plus beau métier du monde. Puis, tout en franchissant  quelques échelons au sein du mammouth, on commençait à patauger dans le petit marigot politique local, se trompant beaucoup sans aller jusqu’à se tromper tout le temps, pour finir par s’élever jusqu’à la fonction de chef de l’exécutif d’un conseil régional en ayant pris soin de faire homologuer son tour de tête à Cavaillon. Tout cela avec cette suffisance détachée que seuls les êtres prédestinés à l’exercice du pouvoir peuvent afficher lorsqu’ils ont parfaitement conscience de se situer, sur le vaste spectre de la morale politique, quelque part entre le petit voyou et le grand délinquant. (le lecteur exigeant aura reconnu mon emprunt à la plus grande gueule ayant jamais retenti au sein de l’hémicycle de l’assemblée nationale (Marianne est grande et Victor est son prophète !) Aussi louons cet été flamboyant, profitons de lui jusqu’à la lie, laissons nous sacrifier sur l’autel de sa luxuriance. Dansons-le comme le dernier qui soit à danser. Et si vous me faites remarquer que beaucoup d’autres n’auront pas cette chance, je serais forcé de l’admettre et de rester sans réponse. Honteux. Moins de six mois nous séparent d’une consultation électorale qui va tenir ses promesses assassines. Cent quatre vingt jours, c’est peu  pour renverser la vapeur d’une machine qui ne va pas tarder à s’emballer. Il n’y a guère qu’une équipe isolée dans sa tour d’ivoire de la place Zeller pour s’inventer, dans un total déni de réalité, son maintien au pouvoir.

Tous ces pauvres gens ont fini par franchir la ligne pourtant bien nette qui sépare, en politique comme dans la vie, l’espoir du fantasme en transformant une illusion en hallucination. Il ne manquait qu’une presse complice pour s’efforcer avec un zèle de chien obéissant à  transformer ce mauvais barnum local en hallucination collective. Nous sommes nombreux à ne pas avoir jeté l’éponge sans pour autant être frappés de la lucidité de l’épileptique. Nous savons que nous n’y arriverons pas. Il faudrait tellement dire, tant dire, tant dessiner. Trop. Pousser la satire et la critique jusqu’à l’insulte, l’injure, pourquoi pas le blasphème ? Qu’on nous attaque en retour, qu’on nous somme de nous expliquer, qu’on nous condamne. Qu’il y ait un semblant de débat… Que nous puissions quelque part répondre et accuser en retour d’avoir poussé  l’incompétence et l’inculture si profond dans la bêtise la plus épaisse et la connerie la plus opaque…

Le président alsaco-tartuffe du conseil régional aura beau se mettre en scène sur les réseaux sociaux et essayer de se fabriquer une image publique présentable en se maquillant d’un rot un wiss rachitique sur la joue… Rien n’y fera. Les faits divers les plus grossièrement ficelés sous forme de saloperies gribouillées à la hâte par des salopards anonymes sur les monuments officiels ne feront plus diversion.

Rien n’y fera. Nous avons tous compris que toute cette agitation avait pour but de mentir et de tromper. Nous tromper. Tous ! Mon Dieu, tout ce foin pour ces quelques tours de passe-passe infidèles essayerez vous de me rétorquer…
Hélas, ce n’est pas d’infidélité dont il est question ici mais bien de trahison. La trahison ignoble et impardonnable du politique face à l’engagement qu’il avait pris, un jour, de  la vie publique.

Philippe Richert doit prendre ses responsabilités et poser en toute lucidité le seul acte raisonnable possible : il doit démissionner.

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Habemus merdam

Mardi à 17h 30, le président en sursis du Conseil Régional d’Alsace a donné une conférence (sic) dont le titre même aurait dû préter  à sourire si il n’y avait pas de quoi pleurer:  « Un an après les élections européennes, quel avenir pour l’Europe ».

Ne vous pincez pas, vous avez bien lu. Le type qui n’a toujours pas compris que, deux ans après l’échec retentissant du referendum sur le conseil unique qu’il a lamentablement fait foirer et six mois avant une élection régionale qui  promet d’être pitoyable, la question de l’Avenir de l’Alsace ne se pose pas vu qu’elle n’en a plus. Ce type-là ne trouve rien de mieux que d’organiser avec sa bande de sous-fifres une conférence où il va nous expliquer sa vision européenne.
Parce qu’il a une vision ! On a beau lui conseiller, à ce stade d’hallucination, d’aller consulter; rien n’y fait. C’est triste, il est encore jeune pourtant.  Je reviens de la Foire bio de Colmar où j’ai exposé mes dessins et dû, pendant tout le pont de l’ascension, répondre aux gens qui ne savaient pas qui était ce Philippe Richert représenté sur autant de dessins, qu’il était l’incompétent à la tête du  Conseil Régional d’Alsace et se voyait en grand homme de la future grande région. Ne riez pas. Il y a des élus pour le croire. Tous d’Alsace bien sûr. Les autres, ceux des neuf départements qui composeront la future grande région Est, se marrent déjà rien qu’en pensant à sa tête quand ils vont l’envoyer bouler si, par une chance inouie, les « républicains » remportanient cette région.

J’espère que ça mord du côté de Wimmenau, car il va falloir se remettre à la pêche.
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Biolchéviques

Bonjour à tous : quelques dessins d’humeur.
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A_SUIVREOBJET_TROUVEEt un rendez-vous important à la foire bio de Colmar où j’expose tous les dessins du blog ainsi que livres cartes et posters.
C’est à partir de jeudi jusqu’à dimanche soir. Quatre cent cinquante exposants et des tas de conférences plus passionantes les unes que les autres .On annonce une météo pourrie alors, n’hésitez pas !
(cliquez sur l’image pour être redirigés vers le site internet de la manifestation et toutes les informations pratiques)
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Eléments de langage et tarte flambée

Quelque part c’est tellement absurde que ça en devient comique sous sa forme la plus implacable; celle d’un désespoir sans issue.

Ce sont bien trois nouvelles fonctions qui vont constituer l’architecture des futures grandes régions issues de la loi sur la réforme territoriale. Après le « référentiel bondissant » pour le ballon et « se déplacer horizontalement dans un milieu aquatique profond standardisé »  pour « aller à la la piscine », tous deux fruits de l’imagination débordante des petits génies de l’éducation nationale, le vocabulaire administratif territorial s’enrichit de trois nouveaux titres bien ronflants qui vont certainement faciliter la transparence et la gestion. C’est assez étrange d’assister au spectacle d’une administration incapable de reconnaitre ses parlers vernaculaires et en même temps se perdre dans la corruption totale de sa langue officielle… C’est surtout pathétique que personne ne réagisse…N’allons-nous pas finir par, non seulement nous  retrouver dans l’incapacité de nous comprendre les uns avec les autres, mais surtout face au cruel constat que nous n’avons plus rien à nous dire…?

SIMPLIFICATION
En ce premier mai, soutien aux travailleurs de France Télévisions.
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En attendant, vous êtes tous les  bienvenus pour venir échanger à la Stueb des deux étangs à Heiligenberg. nous y exposons à plusieurs comme chaque premier mai dessins, livres et tutti quanti. Histoire de constater que le moral est bon et que le seul endroit où l’on trouve des livres dans le désert culturel qu’est devenu cette vallée est un restaurant qui sert une excellente tarte flambée.  Comme parcours de manifestation du premier mai, il y a pire. Aussi serons-nous tous d’accord sur le nombre de participants; police et organisateurs…il devrait  aussi y avoir quelques brins de  muguet.
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LA MESSE EST DITE

L’évènement culturel de cette semaine est la Buchmesse de Saint-Louis. Haut-Rhin  bien sûr, pas Missouri.

Dans une région au bilinguisme revendiqué, j’emploie volontairement le terme germaniste pour évoquer une manifestation d’envergure, vouée à la défense et à l’illustration du livre. Non seulement pour faire plaisir à mes amis régionalistes mais surtout car la langue allemande, dans ce cas précis, me semble plus évocatrice autant qu’appropriée. Là où langue française, pour ce qui concerne le livre tient « salon », va à la « foire » ou fait la « fête, la langue allemande, elle, se rend à la messe. Cela me ravit que l’on puise dans le vocabulaire religieux pour désigner un évènement économique et festif lié à un objet si important pour le développement de notre vie spirituelle et celui de notre vie tout court. Ca me renforce dans ma foi en l’homme, ça me console face à la vaste imposture numérique, ça m’aide à bien marquer mon attachement viscéral à la lecture et à l’écriture tel le fidèle à son Eglise, le lapin à sa garenne, le croissant à sa tasse de café.

Pour les autres, les tenants de la toute laïque post-modernité, la Foire du livre de Saint-Louis se tient ce vendredi, ce samedi et ce dimanche (non, je ne céderai pas à la facilité d’employer un mot anglais pour designer la  fin de semaine). Je ne vous ferai pas le coup de l’évènement incontournable, c’est votre droit le plus strict d’avoir piscine, tennis ou un anniversaire de mariage. Rassurez-vous, le chef de l’état non plus n’y assistera pas, ayant dépassé son quota de déplacements en Alsace. La ministre de réfèrence, dont on sait depuis peu qu’elle n’a pas le temps de lire, sera pour sa part au salon international du selfie. Quant au chef de l’exécutif régional, vous plaisantez , j’espère…

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VINTAGE

La palme de la petite phrase réactionnaire au chef de l’état qui croit faire de l’humour en caricaturant les éléments de langage de la blonde bleu marine.

Aller se compromettre avec de tels propos sur la chaine qui peut se vanter d’avoir fait rentrer le cul télévisuel le samedi soir des années quatre-vingt dans les ménages, c’est tout simplement ringard. Pas de doute, la nostalgie joue à fond.

On se plait  à imaginer la blonde sur Europe un balancer un soir d’élection « Taisez-vous Elkabach!… »

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Manustrupation dans les wagons

ou petite poucette en gants de boxe.

A ceux qui n’ont pas eu, tel l’académicien Michel Serres, la chance de savourer les délices d’une éducation classique je me dois d’expliquer le mot précieux figurant en titre de cette chronique. Si la première partie faite de « manus » est aisément compréhensible, la deuxième, dans l’étymologie du mot qui nous intéresse, est faite de « stuprum » qui, dans la langue de Virgile, désigne la pollution. Le cruciverbiste en herbe ainsi renseigné n’aura aucun mal à solutionner le vide de neuf cases blanches correspondant à la définition familière d’une pollution de la main par le terme joliment fleuri de « branlette ». J’imagine sans grand effort les plus dubitatifs d’entre vous aller sur le champ (statim) vérifier sur leur encyclopédie en ligne. Gens de peu de foi ! Je tiens cela de mon Gaffiot, qui est à la civilisation latine plus que l’autorité supérieure, l’intelligence incarnée. Un peu ce qu’était au syndicalisme le code du travail avant que le social traitre Emmanuel Macron ne projette de le transformer en bible obsolète. Oui mais la pollution manuelle dans tout cela ? J’y viens. J’ai besoin pour cela de convoquer, à nouveau, le philosophe Michel Serres, ancienne gloire de la pensée française échouée sur les bancs de l’académie du même nom, ainsi que la ministre Fleur Pellerin, icône évangélisatrice de la bonne nouvelle numérique. Où ? Dans un endroit très prisé des foules qu’ils n’ont pas dû fréquenter depuis belle lurette : les transports en commun. C’est une décision judicieuse et bien compréhensible car ainsi s’épargnent-ils le spectacle affligeant auquel il m’est donné d’assister quand il m’arrive de prendre l’omnibus me ramenant dans ma vallée alsacienne et la chaleur de ses feux.

A longueur de rame, ce n’est que rangées de gens jeunes, moins jeunes et franchement vieillissants, impassibles. Prostrés, la tête tombant lourdement vers l’avant, les oreilles couvertes par des écouteurs. Abîmés dans l’agitation frénétique de leurs deux pouces autour de vingt centimètres carrés de post modernité.

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Des wagons entiers d’autistes occupés à s’astiquer en choeur et en toute indifférence. C’est triste. C’est navrant. C’est vraiment dégueulase. Quelque part je ne peux m’empêcher de penser que la véritable pornographie s’étale là, dans cette soumission collective de deux mille ans de civilisation à une technologie avilissante, alors que la sonnette d’alarme est tirée par pléthore de professionnels qui commencent à diagnostiquer les premiers symptômes de pathologies inquiétantes.

Au moins les adolescents obsédés que nous étions, quand ils se polluaient la paluche sur des images de jeunes femmes lascives qui sytématiquement oubliaient d’enlever leurs chaussures en posant nues sur des lits toujours défaits, ces adolescents là faisaient travailler les cinq doigts de leur main ! Aucun d’eux n’est devenu sourd en dépit de la lourde promesse que le bon sens religieux et populaire faisait planer sur eux par de telles pratiques authentiquement divertissantes autant qu’hygiéniquement récréatives. Ces gamins qui s’astiquent un nombre hallucinant d’heures quotidienne sur leur quincaillerie d’humanité par l’agitation de leurs deux pouces augmentée, qu’en pensent-ils?

Qu’en pense le grand philosophe vendu aux marchands de progrés et sa  petite poucette si médiatisée? Qu’en pensent les adultes et parents qui, eux les  premiers, ont payé pour ces saloperies sans nom ?

Il y a pas mal de temps, lors d’une de ces réunions de parents d’élèves où chaque pédagogue qui sommeille en nous tient à prendre la parole fort de détenir une part conséquente de vérité, je me suis honteusement fait remettre à ma place, non sans avoir dû endosser l’uniforme du pire des réactionnaires de la soirée. Alors que j’essayais naïvement d’éveiller la conscience d’une sympathique mère de famille sur les dangers potentiels des écrans déjà si envahissants, je m’étais fait répondre d’un air moqueur qu’il fallait faire confaince aux thérapeutes du futur. Je vous parle d’un temps où la moitié d’un wagon lisait et l’autre échangeait d’un air détendu sur les  joies et les peines de la journée.

Je me suis malencontreusement cogné à la même mère de famille dans la rue il y a peu. La charmante personne n’avait  pu m’éviter, tout occupée qu’elle était à suivre, sur sa saloperie six point zéro, la bonne parole du nouvel évangile de la modernité que la petite Fleur délivre sur son compte twitter. Elle sortait, m’avoua- t- elle, de chez un énième thérapeute ayant échoué à délivrer son enfant, pourtant bien éloigné de l’enfance, d’une addiction croissante au dernier opus de la marque à la pomme croquée. Je ne suis d’aucune Eglise, diplômé d’aucune faculté, détenteur d’aucune autorité médicale. Je lui ai juste proposé un remède me paraissant assez radical ; chausser les mains de son ado attardé de gants de boxe! Le rabaisser au niveau de ces  canidés que l’on équipe d’une minerve en forme d’entonnoir afin qu’ils ne puissent atteindre la partie de leur animalité en souffrance…

Je ne figure naturellement sur aucun réseau social ou équivalent, elle n’a donc pas jugé nécesssaire de me rayer de ses contacts. Elle m’a juste signifié sèchement qu’elle me priait de ne plus jamais lui adresser la parole.

Je pense que je survivrai.